Le style Napoléon III (1852-1870)

Le style Napoléon III (1852-1870)


Époque de décadence, le Second Empire (1852-1870) veut imposer le prestige par l’apparat, les fêtes et le luxe, en contraste au règne bourgeois du discret Louis-Philippe. Le style Napoléon III est le dernier style à porter le nom d’un souverain, celui de Louis Napoléon Bonaparte, d’abord élu président au suffrage universel masculin, puis prince-président avant d’être sacré empereur en décembre 1852.

Considéré comme éclectique, ce style repose sur une reprise des styles d’autrefois. Tout chez lui est emprunté aux styles qui l’ont précédé. Au lieu de tirer leur inspiration d’une seule époque, les ébénistes et les décorateurs du Second Empire ont puisé indistinctement, avec une exubérance joyeuse, à toutes les sources.

Ce mélange de styles se manifeste dans les arts décoratifs non pas successivement mais simultanément. Il en résulte une richesse, un foisonnement, un éclectisme parfois excessif mais qui donnent une impression de recherche et de fertilité.

PASTICHES ET NOSTALGIE

aiguières et cassolettes Napoléon IIIPaire d'aiguière dans le goût de la Renaissance (gauche)

Paire de cassolettes en marbre de style Louis XVI (droite)


Ce goût de l’historicisme reprend les formes de toutes les périodes. De Louis XIII, les ornemanistes reprennent les pieds tournés en chapelets, de Louis XIV, les meubles Boulle avec leur marqueterie de laiton et d’écaille, parfois remplacée par du cuir teinté ou du bois sombre, de Louis XV, les courbes rococos, et de Louis XVI, les pieds cannelés plus fins que les originaux. Les travaux de Viollet le Duc remettent également le Moyen-Âge au goût du jour. La référence aux styles antérieurs devient la règle.


secrétaire d'après RiesenerSecrétaire à cylindre d'après Riesener attribué à la maison Beurdeley


Ces nombreuses copies ou adaptations de meubles du XVIIIème siècle, viennent avec une volonté de réaménagement des palais nationaux : les Tuileries, Saint-Cloud, Compiègne, etc. Le Garde-Meuble impérial rachète des meubles anciens qui passent en vente pour remeubler les maisons royales.

L’impératrice Eugénie participe beaucoup à cet engouement historiciste. Elle apprécie particulièrement les styles Louis XVI du fait de son admiration pour le personnage de Marie-Antoinette. La couronne fait faire des copies rigoureuses de meubles anciens par Jean-Henri Riesener (1734-1806), notamment le secrétaire à cylindre de Louis XV conservé au Château de Versailles. D’autres part, les frères Grohé réalisent un ensemble pour meubler la Galerie François Ier, et Jeanselme, qui a repris la maison Jacob, fait des fauteuils XVIIIème pour le château de Saint-Cloud. On parle même de style "Louis XVI – Impératrice". Les grands spécialistes du pastiches sont Louis-Auguste-Alfred Beurdeley (1808-1882), Alexandre-Georges Fourdinois (1799-1871) ou Henri Dasson (1825-1896).


commodes Grohé style Louis XVI
Paire de consoles de style Louis XVI estampillée Guillaume Grohe

Mais ce retour aux styles se fait dans un but politique. En revenant sur les formes de l’Ancien Régime, le Second Empire s’identifie à cette cour et à la royauté établie, ce qui lui confère une certaine légitimité. En réorganisant les industries françaises, Napoléon III insuffle un nouvel élan aux arts décoratifs qui transforme la production.


LE MOBILIER, REFLET D’UNE SOCIÉTÉ EN ÉVOLUTION


Parallèlement, la bourgeoise, classe dominante de ce milieu du XIXème siècle, recherche un certain confort avec une multiplicité de petits meubles à portée de main. On observe une volonté d’un décor intime et accueillant, aux caractéristiques fonctionnelles : chiffonniers, secrétaire, table de jeux, guéridons. De nouvelles catégories de meubles légers et faciles à déplacer sont créés : tables gigognes, guéridons basculants, chaise charivari et une multitude de fauteuils capitonnés de velours ou brocart, généralement rouge, avec des franges tressées pour cacher le bois (confident, boudeuses, bornes, poufs…).


buffet Napoléon IIIBuffet d'époque Napoléon III en bois noirci et bronze doré

On affectionne le faste et la richesse avec un goût pour le contraste qui donne une apparence de luxe. Le mobilier en ébène ou poirier noirci est orné de bronzes dorés, marbres de toutes les couleurs et marqueteries types Boulle à écailles rouges. L’incrustation de bois précieux, nacre, ivoire et laiton connait un essor grâce à la scie à ruban qui permet de les débiter avec une extrême finesse. Cela permet des meubles aux décors d’une grande précision et à l’aspect parfait contrairement aux meubles du XVIIIème siècle qui présentent des marques d’outils. Par exemple, la maison Rivart développe une incroyable marqueterie de porcelaine incrustée dans le placage des meubles.

Détail d'une table à jeu en marqueterie Boulle, époque Napoléon III

La production de plus en plus massive est favorisée par la mécanisation des ateliers d’artisans. On a une volonté de réduire les prix de revient afin de rendre la mode plus accessible à la bourgeoisie friande de décors d’inspirations multiples. Cette division des tâches peut expliquer le manque d’innovation des formes.

Cependant, les Exposition Universelle de Paris à partir de 1855 entraine une nouvelle réflexion sur le statut des arts décoratifs. Les fabricants ont la volonté de les ériger au rang d’art majeur en concevant des meubles comme des œuvres d’art. Cela mène à l’apparition de plus en plus fréquente de signatures au tampon apposées sur les faces invisibles des meubles. C’est le cas de nos commodes de style Louis XVI estampillées GROHE sous le plateau de marbre.

paire de commodes Grohe style Louis XVIEstampille de la maison Grohé sous le marbre d'une commode style Louis XVI


NOUVELLES TECHNIQUES


L’une des caractéristiques de l’époque Napoléon III, qui se démarque par une certaine originalité, est l’emploi du papier mâché à fond noir. D’origine anglaise, cette technique repose sur un amalgame de papier, de colle et de plâtre solidifié à chaud et moulé. Ce matériau alors aussi dur que le bois est ensuite verni, laqué et décoré. Ce procédé, souvent incrusté de nacre, adopté par les fabricants des meubles français se généralise à partir de 1860.

Guéridon en bois et carton laquéDétail de marqueterie burgauté sur un guéridon basculant en bois et carton laqué

C’est alors que se répand la mode des meubles « burgautés », qui tiennent leurs ornements nacrés d’un coquillage appelé burgau, dont l’intérieur est tapissé de surfaces nacrées, irisées de reflets bleus, verts et pourpres. Cette technique déjà utilisée pour le berceau du roi de Rome offert par la ville de Paris en 1811, conservé au Kunsthistorisches Museum à Vienne, est totalement repensée pour s’adapter aux nouveaux goûts. Les meubles et les sièges « burgautés » sont l’une des caractéristiques les plus typiques du style Napoléon III.


CONCLUSION


Lorsque Charles Garnier présenta le projet de l’Opéra Garnier à Louis Napoléon Bonaparte, l’empereur aurait dit « Ce n’est pas gothique, ce n’est pas Renaissance, ce n’est pas classique, mais quel style est-ce ? » Ce à quoi l’architecte lui aurait répondu « Napoléon III ». Peut-être avait-il raison d’affirmer que ce style avait en réalité son identité propre parfaitement reconnaissable malgré ses nombreuses citations.

Bibliographie

- Le mobilier français, Napoléon III années 1880, Odile Nouvel Kammerer, 1996

- Reconnaître les meubles de style, Pierre Faveton, 2014

- Le guide des styles, Musée des arts décoratifs, Jean-Pierre Constant, Marco Mencacci, 2018